07.10.2009
La forêt de Chatillon
Encore un texte pour plus grands qui aimerait avoir des illustrations!
La forêt de Chatillon
Jamais je n’aurais dû accepter ! Je me demande bien ce que je fais là maintenant, dans cette sombre forêt, au lieu d’être au chaud dans mon lit !
Cependant, quand elle m’a regardé avec ses yeux à la fois suppliants et pétillants, me faisant comprendre que j’étais vraiment le plus fort, le plus intelligent, le plus courageux surtout, pour ramener ce bouquet de feuilles symboliques, comment aurais je pu dire non ?
Mais là… tant de silence douteux, tant de vent sifflant entre les branches… et ces cris d’animaux sauvages qui me glacent le sang ! Les vieux l’avaient pourtant répété : « De tous ces jeunes garçons qui avaient relevé le défi au fil des ans, aucun n’était revenu ! Devant les yeux bleus de ma belle m’admirant comme si j’étais Dieu, j’avais compris que moi, j’y arriverais !
Mais maintenant, seul, avec juste pour compagnon le froid qui transperce mes vêtements de paysan, je commence à douter. Faire demi tour ? Jamais ! Je suis trop fier, je n’accepte pas la défaite…. Et puis surtout… je peux bien me l’avouer à moi-même… quoi de plus semblable à un arbre qu’un autre arbre ? je crois bien que je me suis perdu.
Il ne reste qu’une chose à faire : avancer. Je ne pense guère à ramener ce bouquet de feuilles du grand chêne magique. Rien ne m’importe plus que de retrouver mon lit !
Je marche entre les herbes hautes. Toute cette nature hostile semble vouloir me faire payer mon intrusion. Le vent se déchaîne sur mon pauvre visage gelé, les feuilles tourbillonnent autour de mon pauvre corps affaibli, les branches s’agitent autour de mon pauvre être comme si elle me criaient de partir. Mais quoi faire d’autre ? Ce n’est pas elles qui me montreront le chemin de la sortie de ce labyrinthe. Mon Dieu, que j’ai froid ! Je ne rêve que d’un thé chaud et d’une bouillotte sur mes orteils !
La lune est là elle aussi. Ronde, pleine, rousse… un mauvais présage selon ces vieillards gâteux ! ils sont persuadés que je ne reviendrai pas, c’est sûr…. Et moi, je commence à les croire….
Devant moi, les arbres deviennent moins drus, moins nombreux, le vent se calme comme si j’étais arrivé… ou comme si je l’avais vaincu ! J’arrive devant une clairière… Elle est lumineuse ! La lune ? pas seulement ! il y danse une lumière rouge… les flammes d’un feu… le voilà mon salut ! de braves gens qui vont m’accueillir, me réchauffer et me donner à manger !
Je m’approche un peu….
Au lieu de braves gens, une sérénade bizarre se déroule sous mes yeux… Des hommes habillés de noir, les mains levés, tournent au rythme des flammes autour du feu crépitant. Ils chantent, ils crient plutôt et cette mélopée me glace le sang. Des sorciers !
Un cri s’échappe malgré moi ! Je mets mes mains sur ma bouche mais c’est trop tard ! Les chants sont arrêtés, la danse aussi, et les regards se sont tournés vers moi ! Ils vont me prendre ! ils vont m’emporter en enfer ! Je suis perdu !
Le plus grand des sorciers s’approche de moi, immense, effrayant.
« Humain ! Nous te laissons le choix :
décide de ton sort,
soit tu refuses et tu es mort,
soit tu veux bien te joindre à nous,
devenir loup parmi les loups,
semer le respect et la peur,
des braves paysans sonner l’heure,
entrer toi dans la légende,
à moi sorcier ton âme vendre. »
Mes yeux en disent certainement plus long que ma bouche car il comprend presque aussitôt ma décision. Ces démons s’approchent tous de moi, me saisissent et me font voltiger si près des flammes, ils m’enferment dans une ronde endiablée, me glissent une plume dans une main, et dans l’autre un parchemin et m’ordonnent d’un air qui ne supporte pas de réplique de signer le pacte avec le diable !
Mes doigts se crispent, ma gorge se serre, je ne sais plus ce que je dois faire… sauver mon honneur et mourir en héros ? Ou devenir certes sorcier mais surtout vivant !
Je décide de ne pas mourir, tant pis pour le prestige de ma famille…. Mais je n’ai jamais bien su écrire… je ne sais pas ce que c’est qu’une signature. Péniblement, la plume s’approche en tremblant du papier et trace maladroitement… une croix….
Devant cette signature grossière, les yeux des sorciers s’agrandissent, l’horreur y prend racine, et leurs cris défoncent mes oreilles : « Nooon !! une croix !!! pitié !!! efface ça ! efface ça ! » Moi je ne comprends rien et il est déjà trop tard… Le vent se lève à nouveau et dans un ultime tourbillon emporte leur corps dans l’infini… ils ne reviendront plus….
C’est le silence, le vrai… plus un cri, plus une feuille qui vole ou une branche qui bouge. Même le feu semble apaisé. La lune a retrouvé sa couleur blanche, symbole de pureté, et moi je suis fier ! Pas de bouquet de feuilles du chêne magique ! je ne sais même pas où il se trouve ! Mais j’ai fait mieux ! j’ai vaincu une vingtaine de sorciers qui hantaient la forêt, seul, à mains nues et sans défaillir ! Ma belle va m’aimer, c’est sûr !
Et puis aussi, moi qui ne vais guère à l’école, trouvant toujours quelque chose de plus urgent à faire, moi qui me méfie de l’instruction comme de la peste, moi qui refuse de me soumettre à l’éducation, j’en suis encore plus convaincu aujourd’hui : savoir écrire est dangereux !
09:27 Publié dans en cabale (histoires cherchant associés) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
:) Je vois que tu as gardé les événements principaux, le catarthe pour la fin! C'est réussit de nous surprendre! :)) J'aime cette fin!
Ecrit par : ojni | 07.10.2009
merci ojni!
Ecrit par : mamounia | 12.10.2009
salutation !
j'aime beaucoup ton histoire ! on attend beaucoup de la suite ^^
si tu cherche des illustration je peut me proposer voici mes blogs : ladydascali.over-blog.com
ladydascali.slyblog.com
bonne continuation a toi !!
Ecrit par : lady dascali | 22.10.2009
j'ai hate de trouver ce livre! moi je ne sais pas écrire.
Ecrit par : christine | 26.11.2009
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